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Nengone revisite Shakespeare

Quand Oberon, roi des lutins, présente l’histoire et les personnages de la pièce, ne vous attendez pas à voir les traditionnelles tenues et décors du théâtre shakespearien : les robes missions remplacent les toges, aux ailes des fées se substituent les feuilles de pandanus « des lutins ». Nul anglais mais une pièce en nengone et en français.

Les élèves des trois collèges de l’île (Tadine, La Roche et Taremen) ont travaillé sur la même pièce, Le songe d’une nuit d’été, un classique du patrimoine littéraire mondial, réécrit et réadapté et qui trouve ainsi une résonance particulièrement intéressante à Maré.

Folklore. Shakespeare lui-même s’est inspiré de contes et légendes de l’antiquité grecque pour les intégrer à son folklore local celte et britannique. Une œuvre donc universelle selon Wenice Béarune, l’initiateur du projet, et qui « s’adapte étonnamment bien dans le contexte culturel maréen ».

L’idée est née lors d’une lecture de la pièce au cours d’un festival à Caen : « On s’est regardé et on s’est dit Eh, Shakespeare, c’est un mec de Maré ! » plaisante-t-il. En effet, les songes, les rêves, les signes de la nature, le rôle de la magie, des envoûtements, les rebondissements, les amours arrangées et contrariées ou les « plantes magiques » sont des exemples de thèmes bien présents dans les contes et légendes traditionnels de Maré.

On sait que Maré, terre d’oralité, est aussi une terre d’élection pour le théâtre avec notamment l’auteur Pierre Gope dont la réputation dépasse le cadre de l’île. Wenice Béarune, qui avait déjà présenté la pièce Buyu ne lo au festival Ci Roiko cette année, est intervenu au sein des ateliers pour donner aux élèves conseils et techniques en la matière. « L’expression, la gestuelle, savoir articuler, poser sa voix et gérer son espace » sont des points difficiles qu’il faut longuement travailler avec les élèves, précise-t-il.

Pour cette enseignante de français qui a mis en scène la pièce avec ses élèves, le théâtre permet de « révéler chez des élèves des qualités et des compétences qui ont parfois plus de mal à apparaître dans le cadre plus conventionnel des cours ». Le jeune Moïse, élève de 5e au collège de Tadine, a, aux dires des spectateurs, brillamment interprété Oberon : « Je me suis beaucoup amusé à jouer ce personnage toujours en colère et faire rire le public m’a bien plu. J’aimerais bien refaire du théâtre si j’en ai l’occasion ».

Traduction. Chaque collège a travaillé une partie de la pièce en utilisant pour partie la traduction qui en a été faite en nengone.

Outre Shakespeare, les élèves de 4e du collège de Taremen ont aussi joué une autre œuvre classique, Humulus le muet, une pièce de Jean Anouilh, là encore une histoire d’amour, de mots et de quiproquo sous forme de conte.

D’autres formes d’art de la scène se sont ajoutées aux représentations théâtrales ou s’y sont mêlées. Là encore, elles ont été travaillées dans le cadre d’ateliers artistiques : la chorale de Tadine menée par le pasteur et musicien Honoré Bearune et Jeannine Yeiwie, professeur de nengone, a fait vibrer les spectateurs, tout comme les percussionnistes de l’atelier djembés mené par Xavier Catherine, professeur de musique sur l’île et qui a fait au cours de l’année découvrir cet instrument aux collégiens de Tadine et de la Roche.

Une première fédératrice.  Une journée « inédite et fédératrice » selon l’expression de Véronique Lehoullier, déléguée académique à l’éducation artistique et culturelle – la DAAC – auprès du vice-rectorat. Elle a permis de réunir et de valoriser les différents projets menés par les élèves et leurs professeurs des trois collèges, deux publics et un privé. Elle a été notamment coordonnée par le directeur de Taremen, Jamulo Manane, dans le site symboliquement important du centre culturel Yeiwene Yeiwene. Des actions effectuées dans le cadre des ateliers artistiques ou des classes à PAC (projet artistique et culturel) en partenariat financier avec les institutions d’Etat (la MAC, la Mission aux affaires culturelles, et le vice-rectorat) ou de la province des îles. Elles s’inscrivent dans les programmes du secondaire aujourd’hui marqués par la pluridisciplinarité et l’enseignement nouveau de l’histoire des arts. Mais outre l’aspect éducatif et pédagogique, c’est pour Véronique Lehoullier « une démarche citoyenne, car à travers ces actions les élèves apprennent à mieux vivre l’école et surtout mieux vivre ensemble » Rendez-vous a d’ores et déjà été pris pour l’année prochaine.

Article paru dans les Nouvelles Calédoniennes du 8 novembre 2012

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